Des gens défilent le 1er mai à New York en 2019. Spencer Platt/Getty Images.
Le socialisme est une doctrine économique et sociale qui donne la priorité à la propriété publique ou au contrôle de la propriété et des ressources naturelles plutôt qu’aux intérêts privés. La conviction fondamentale est que les individus n’existent pas isolément. Nous vivons et travaillons en coopération. En raison de cette interdépendance, tout ce qui est produit est considéré comme un produit social.
Tous ceux qui contribuent à la production méritent leur part. La société doit posséder ou contrôler la propriété au profit de tous ses membres. Cela s’oppose directement au capitalisme.
Le conflit avec le capitalisme
Le capitalisme repose sur la propriété privée des moyens de production. Il permet aux individus de faire des choix dans un marché libre pour déterminer la façon dont les biens sont distribués. Les socialistes soutiennent que ce système conduit naturellement à des concentrations injustes de richesses.
Le pouvoir se concentre entre les mains de quelques-uns qui gagnent la concurrence sur le marché libre. Ces personnes utilisent leur richesse pour renforcer leur domination. Ils choisissent où et comment vivre. Cela limite les options pour les pauvres.
Des termes comme liberté individuelle et égalité des chances sonnent creux pour les travailleurs. Si vous devez obéir aux ordres d’un capitaliste pour survivre, vous n’êtes pas vraiment libre.
La vraie liberté et l’égalité nécessitent un contrôle social des ressources qui constituent la base de la prospérité. Karl Marx et Friedrich Engels l’ont clairement déclaré dans le Manifeste du Parti communiste (1848). Ils écrivaient que dans une société socialiste, « la condition du libre développement de chacun est le libre développement de tous ».
Où les socialistes ne sont-ils pas d’accord ?
Cette conviction fondamentale laisse place à des désaccords importants entre socialistes. Deux points clés provoquent le plus de frictions.
Le premier est l’étendue des biens que la société devrait posséder. Certains pensent que presque tout devrait appartenir au domaine public. Les objets personnels comme les vêtements sont la seule exception. L’humaniste anglais Sir Thomas More a imaginé cela dans Utopia (1516).
D’autres acceptent la propriété privée de fermes, de magasins et de petites ou moyennes entreprises. Ils ne considèrent pas toute propriété privée comme étant intrinsèquement exploitante.
“La condition du libre développement de chacun est le libre développement de tous.”
— Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste (1848)
Centralisme contre décentralisme
Le deuxième désaccord concerne la manière dont la société exerce son contrôle. Les camps ici sont vaguement définis comme centralistes et décentralistes.
Les centralistes veulent que le contrôle public soit investi dans une autorité centrale. C’est souvent l’État. Dans certains cas, c’est l’État guidé par un parti politique. L’Union soviétique est un exemple typique de cette approche.
Les décentralistes pensent que les décisions doivent être prises au niveau le plus bas possible. Les populations locales qui sont les plus directement touchées par l’utilisation des ressources devraient faire des choix.
Ce conflit a persisté tout au long de l’histoire du socialisme en tant que mouvement politique. Cela reste non résolu. Le débat sur qui contrôle quoi et comment continue de façonner les discussions de politique économique aujourd’hui.
Le socialisme n’a pas commencé dans une usine. Tout a commencé dans un champ. Le mouvement en tant que force politique est lié à la révolution industrielle, mais les idées qui le sous-tendent ? Ceux-là remontent plus loin. Bien plus loin. Certaines histoires les font même remonter à Moïse. Les philosophes grecs anciens en avaient aussi. La République de Platon décrit une classe de gardiens qui partage tout. Marchandises. Les conjoints. Enfants. C’est austère. C’est communal.
Les premières communautés chrétiennes pratiquaient une version plus simple. Partager des biens. Partager le travail. Les ordres monastiques le font encore aujourd’hui. Thomas More a combiné le platonisme et le christianisme dans Utopia. Le livre n’est pas vraiment un projet d’État socialiste. C’est une critique de sa propre société. D’autres ont vu la fierté, l’envie et l’avidité déchirer son monde. Il a alors imaginé une île où les terres et les maisons seraient une propriété commune.
Tout le monde travaille dans les fermes communales pendant deux ans. Ils déménagent tous les dix ans pour éviter que quiconque ne s’attache trop à leurs affaires. L’argent a disparu. Vous prenez simplement ce dont vous avez besoin dans les entrepôts. La société entière ne travaille que quelques heures par jour. Le reste est destiné aux loisirs. Cela semble bien jusqu’à ce que vous réalisiez qu’il s’agit d’un commentaire sur les échecs de la société chrétienne du XVIe siècle.
Les idées ne restent pas longtemps sur papier. Les troubles religieux et politiques ont transformé l’utopie en un appel à l’action. Pendant la Réforme protestante, les anabaptistes ont tenté d’établir un régime de propriété commune à Münster. Ce fut bref. Violent. Les Diggers en Angleterre sont venus ensuite. Après les guerres civiles (1642-1651), ils affirmaient que Dieu avait créé le monde pour le partage et non pour le profit privé. Ils ont creusé des terres communes pour y planter des cultures. Le Protectorat d’Oliver Cromwell n’aimait pas ça. Ils ont dissous le groupe de force.
Ces premières visions étaient agraires. Cela est resté vrai jusqu’à la Révolution française. François-Noël Babeuf, journaliste et radical, a soutenu que la Révolution avait trahi ses propres idéaux. Liberté, égalité, fraternité. Il s’est concentré sur l’égalité. Pour lui, cela signifiait abolir la propriété privée et partager les fruits de la terre. Il a conspiré pour renverser le gouvernement. Il a été exécuté.
Mais la publicité de son procès a fait de lui un héros. Les radicaux du XIXe siècle qui détestaient le capitalisme industriel ont regardé Babeuf et ont vu un martyr.
Du rêve agraire à la critique industrielle
Le terme socialiste est entré dans le lexique vers 1830. Il décrivait les radicaux qui voulaient séparer la puissance industrielle du capitalisme. Les conservateurs étaient également indignés par l’industrialisme. Ils détestaient la façon dont cela perturbait la vie agricole sédentaire. Ils méprisaient la misère des villes industrielles. Mais les radicaux étaient différents. Ils voulaient l’égalité. Ils pensaient que les gens pouvaient utiliser la science et l’histoire pour construire une nouvelle société.
L’indignation morale face au paupérisme ouvrier n’était pas suffisante. Ils avaient besoin d’un plan.
Claude-Henri de Saint-Simon fut l’un des premiers à se qualifier de socialiste. Un aristocrate français. Il ne voulait pas de propriété publique de la propriété productive. Il voulait un contrôle public grâce à une planification centrale. Sa vision ? Scientifiques, industriels et ingénieurs dirigent les énergies de la société. Ils anticiperaient les besoins. Ils favoriseraient l’efficacité.
Saint-Simon pensait que ce système battait le capitalisme. Il a même dit que l’histoire le confirmait. Il pensait que l’histoire se déroulait par étapes. Chaque étape a des classes sociales spécifiques et des croyances dominantes. La féodalité avait donné naissance à la noblesse terrienne et à la religion monothéiste. L’industrialisme repose sur la science, la raison et la division du travail.
Alors pourquoi ne pas laisser les membres les plus compétents et les plus productifs diriger l’économie ? Saint-Simon soutenait que dans une société industrielle, les arrangements économiques devraient être entre les mains d’experts. Ils pourraient diriger la production pour le bénéfice de tous. Il ne s’agissait pas de s’emparer des moyens de production. Il s’agissait de mieux les gérer.

Robert Owen n’était pas un théoricien assis dans une tour d’ivoire. C’était un industriel qui avait les mains dans les machines. Pendant qu’Henri de Saint-Simon esquissait les premières idées socialistes, Owen les prouvait dans les usines.
Sa réputation a commencé à New Lanark, en Écosse. C’était une usine textile qui rapportait de l’argent. Beaucoup. Mais cela a également brisé le moule du travail du début du XIXe siècle.
Owen a refusé d’employer des enfants de moins de dix ans. Selon les normes de l’époque, c’était radical. Le moulin était très rentable. C’était aussi remarquablement humain. Il ne l’a pas fait par charité. Il l’a fait parce qu’il croyait à une prémisse spécifique sur la façon dont les gens travaillent.
La nature humaine n’est pas figée. Il se forme.
Si les gens agissent égoïstement, vicieusement ou dépravés, affirme Owen, c’est parce que leurs conditions sociales l’exigent. Changez l’environnement. Changez la personne. Apprenez-leur à vivre et à travailler en harmonie. Ils le feront.
Cette conviction l’a poussé à traverser l’Atlantique. En 1825, Owen acheta un terrain dans l’Indiana. Il a créé New Harmony. L’objectif était une communauté coopérative autosuffisante. La propriété serait la propriété commune. C’était un test pour l’organisation sociale à grande échelle.
Le projet s’est effondré en quelques années. Owen a perdu la majeure partie de sa fortune. L’expérience a échoué.
Mais il ne s’est pas arrêté. Il ne s’est pas replié sur lui-même dans l’amertume. Il a pivoté. Owen a tourné son attention vers la construction de l’infrastructure de coopération. Il s’est fortement concentré sur les syndicats. Il a fait pression pour les entreprises coopératives.
La leçon n’est pas que les utopies fonctionnent. La leçon était que les structures sociales façonnent le comportement. Owen a passé le reste de sa vie à essayer de construire des systèmes où cette formation pourrait se produire naturellement. Pas par la force. Grâce à la conception.
Nous débattons encore pour savoir si la nature humaine est innée ou apprise. Owen a parié la ferme sur ce dernier.

La vision de Robert Owen n’était pas la seule. François-Marie-Charles Fourier, un employé français, a égalé l’extravagance d’Owen en termes d’imagination, voire de solde bancaire. Il affirmait que la société moderne était fondamentalement brisée. Des institutions comme le mariage et le marché concurrentiel obligeaient les gens à effectuer des travaux répétitifs. Ce confinement a engendré l’égoïsme et la tromperie. Cela a frustré le besoin humain de variété.
Le marché, en particulier, opposait les individus les uns aux autres pour le profit. Cette compétition a tué l’harmonie. Fourier voulait une société alignée sur les désirs humains réels. Il l’appelait le phalanstère.
Comment fonctionnait le phalanstère de Fourier
Le phalanstère était une communauté autosuffisante d’environ 1 600 personnes. Il fonctionnait selon un principe appelé travail attractif. L’idée était simple : les gens travaillent volontairement et avec plaisir lorsque leurs tâches engagent leurs talents et leurs intérêts. Mais soyons réalistes. Même les tâches agréables deviennent ennuyeuses. Ainsi, chaque membre exerçait plusieurs métiers. Ils sont passés d’un rôle à un autre à mesure que l’intérêt diminuait et augmentait.
L’investissement privé était autorisé. Mais la propriété était partagée. Les inégalités existaient, même si elles étaient plafonnées.
L’échec d’Icaria
Ces thèmes de propriété commune et de simplicité apparaissent dans le roman d’Étienne Cabet de 1840, Voyage en Icarie. Le livre décrit une communauté autosuffisante d’un million d’habitants, mêlant industrie et agriculture.
La rencontre entre la théorie et la réalité est souvent compliquée. L’actuel Icaria Cabet, fondé dans l’Illinois dans les années 1850, était minuscule – plus proche en taille d’un phalanstère fouriériste que de l’utopie d’un million de personnes décrite dans son livre. Les dissensions ont déchiré le groupe. Cabet partit en 1856.
Autres premiers socialistes : Blanc, Blanqui et Proudhon
Dans les années 1830 et 1840, d’autres socialistes français faisaient de l’agitation. Louis Blanc, Louis-Auguste Blanqui et Pierre-Joseph Proudhon ont chacun des visions distinctes.
Blanc est l’auteur de L’Organisation du travail. Il a promu des « ateliers sociaux » financés par l’État et contrôlés par les travailleurs. L’objectif était de garantir du travail à tous. Cela conduirait progressivement à une société socialiste.
Blanqui était différent. C’était un révolutionnaire. Il a passé plus de 33 ans en prison pour activités insurrectionnelles. Sa stratégie était stricte : le socialisme exigeait la prise du pouvoir de l’État. Cela doit être fait par un petit groupe de conspirateurs. Une fois au pouvoir, ils établiraient une dictature temporaire. Ils confisqueraient les riches propriétés et prendraient le contrôle des principales industries.
Pierre-Joseph Proudhon adopte un angle différent. Dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840), il a déclaré : « La propriété est un vol ! »
Il ne s’agissait pas d’une condamnation générale de toute propriété. Proudhon désigne la propriété exploitée par quiconque autre que son propriétaire. Sa société idéale comportait des revendications égales sur la terre et les ressources. Des individus ou de petites coopératives posséderaient et utiliseraient ces ressources pour gagner leur vie.
L’échange aurait lieu sur la base de contrats mutuellement satisfaisants. C’était du mutualisme. Surtout, il fonctionnerait sans ingérence de l’État. Proudhon était anarchiste. Il considérait l’État comme coercitif.
Pourtant, il a exhorté Napoléon III à accorder du crédit bancaire gratuit aux travailleurs des coopératives mutualistes. L’empereur refusa.
Pourquoi Marx a rejeté le socialisme utopique
Malgré leur dévouement, Karl Marx n’approuvait pas pleinement ces premiers socialistes. Avec Friedrich Engels, il est sans aucun doute le théoricien le plus important du socialisme.
Marx et Engels ont qualifié Saint-Simon, Fourier et Owen d’« utopistes ». Ils pensaient cela comme une insulte. Ils opposaient les « images fantastiques » de la société future dessinées par Owen et Fourier à leur propre approche « scientifique ».
Pour Marx, le chemin vers le socialisme n’impliquait pas de communautés modèles. Donner l’exemple d’une coopération harmonieuse ne changerait pas le monde. Le changement est né du choc des classes sociales.
« L’histoire de toute société jusqu’à présent est l’histoire des luttes de classes. »
Une compréhension scientifique de l’histoire montrait que ces luttes aboutiraient au triomphe de la classe ouvrière. C’était la seule façon d’établir le socialisme.

La philosophie allemande a servi de modèle aux premières réflexions de Marx. Cela se voit clairement dans son éducation. Il a étudié à l’Université de Berlin lorsque G.W.F. Hegel était la voix dominante dans les cercles intellectuels allemands. L’idéalisme de Hegel affirmait que l’histoire était le développement de « l’esprit ». Ce n’était pas une conduite fluide. Cela a nécessité une lutte. Agonie. Le dépassement des obstacles pour atteindre la connaissance de soi.
Pensez aux individus. Vous ne pouvez pas réaliser votre potentiel de liberté si vous restez dans un état enfantin et adolescent. L’Esprit fonctionne de la même manière. Il se développe dialectiquement. Des idées opposées s’affrontent. Les intérêts s’entrechoquent. Le résultat est une plus grande conscience de soi. L’esclavage en est un bon exemple. Autrefois, cela était considéré comme naturel. Acceptable. Ensuite, les esclaves ont eu du mal à être reconnus comme des personnes. Maître et esclave reconnaissaient leur humanité commune. Le faux sentiment de supériorité du maître s’est effondré. L’Esprit a avancé.
De l’idéalisme au matérialisme
Marx a fait tourner le moteur de l’histoire mais a changé le carburant. Hegel considérait l’histoire comme la réalisation de soi de l’esprit à travers le conflit. Marx l’a vu différemment. Pour lui, l’histoire était une histoire de lutte des classes pour les ressources matérielles. Les intérêts économiques ont conduit le bus.
Il a remplacé l’idéalisme philosophique de Hegel par une théorie matérialiste de l’histoire. La logique est brutale mais simple. Avant que les humains puissent faire autre chose, ils doivent produire ce dont ils ont besoin pour survivre. Ils sont soumis à la nécessité. La liberté, selon Marx, est l’acte de surmonter cette nécessité.
La nécessité force les gens à travailler. Seuls ceux qui sont libérés de cette contrainte peuvent développer leurs talents. C’est le compromis. Tout au long de l’histoire, la liberté a été réservée à la classe dirigeante. Ils contrôlaient la terre. Les moyens de production. Ils exploitaient le travail des pauvres.
Maîtres dans les sociétés esclavagistes. L’aristocratie à l’époque féodale. La bourgeoisie dans les sociétés capitalistes. Ils jouissaient tous de degrés de liberté. Mais ils l’ont acheté avec la servitude des esclaves, des serfs et des ouvriers industriels. Le prolétariat fournissait la main-d’œuvre nécessaire. Le coût était leur propre contrainte.
Le double tranchant du capitalisme
Le capitalisme est une force progressiste. Cela a transformé le monde industriel. Cela a libéré la puissance productive. Ce pouvoir a le potentiel de libérer chacun de la nécessité. Pourtant, c’est aussi une exploitation. Cela éloigne les capitalistes et les travailleurs de leur véritable humanité.
Le système condamne le prolétariat. Ils ne possèdent que leur force de travail. Ils vivent une vie de travail pénible. Pendant ce temps, les capitalistes récoltent les profits. C’est une situation instable. Marx croyait que le résultat inévitable était la guerre. Une guerre qui mettrait fin à toutes les divisions de classes.
Dépressions. Récessions. Concours pour les emplois. Ces pressions obligent les travailleurs à prendre conscience qu’ils forment une classe. Le prolétariat est opprimé par la bourgeoisie. Forts de cette conscience, ils renverseront leur ennemi de classe. Le soulèvement sera spontané. Les travailleurs prendront le contrôle des usines. Les mines. Chemins de fer. Autres moyens de production. Finalement, ils prennent le gouvernement. Ils en font une dictature révolutionnaire du prolétariat.
L’État flétrissant
Sous le socialisme ou le communisme, Marx et Engels n’ont pas tracé de frontière claire entre les deux termes. L’État lui-même disparaîtrait. Les gens se débarrasseraient progressivement des attitudes égoïstes inculquées par la propriété privée des moyens de production. Libérés de la nécessité et de l’exploitation, les gens vivraient dans une véritable communauté. Un lieu qui donne à chacun les moyens de cultiver ses dons dans toutes les directions.
La révolution n’était pas un événement aléatoire. Cela a été ordonné par la logique du capitalisme lui-même. Les capitalistes se disputaient les profits. Ce faisant, ils ont créé leurs propres « fossoyeurs » au sein du prolétariat.
Le rôle du révolutionnaire comme Marx se limitait à celui d’une sage-femme. Ils n’ont pas pu créer la révolution. Ils ne pouvaient que l’accélérer. Soulagez ses douleurs de naissance.
Qualifier la doctrine
C’était la doctrine officielle. Les écrits et les activités politiques ont ajouté des nuances. Marx a reconnu que le socialisme pourrait remplacer le capitalisme de manière pacifique. Angleterre. Les États-Unis. Des pays où le prolétariat gagnait le droit de vote. Il a également suggéré qu’un pays semi-féodal comme la Russie pourrait devenir socialiste sans passer au préalable par l’industrialisation capitaliste.
Il a joué un rôle important au sein de l’Association internationale des travailleurs. La Première Internationale a été créée en 1864. Il s’agissait d’un groupe de dirigeants syndicaux. Pas exclusivement révolutionnaire. Pas entièrement attaché au socialisme.
Marx n’était pas le déterministe économique inflexible que prétendent certains critiques. Il comprenait la mécanique politique. Nuancer. Mais il restait convaincu que l’histoire était du côté du socialisme. Le développement égal de tous sous le socialisme était l’accomplissement de l’histoire.
C’est du moins ce qu’il croyait. La machinerie de l’histoire ne cesse de tourner. La question que nous nous posons encore est de savoir si les engrenages vont dans le sens de l’égalité ou de l’exploitation.
En 1883, l’étiquette « marxiste » était déjà présente. Ce n’était pas seulement un descripteur ; c’était une marque. Le Parti social-démocrate allemand (SPD) était devenu le principal véhicule de cette idéologie. Ils s’étaient formés en 1875, fusionnant deux groupes distincts : une faction marxiste dure et le parti fondé par Ferdinand Lassalle.
Lassalle était un rival de Marx. Penseur allemand, il a suivi un chemin différent. Marx le déchira plus tard dans Critique du programme Gotha. Il a écrit que Lassalle considérait le mouvement ouvrier selon un « point de vue national le plus étroit ». Lassalle voulait convertir l’Allemagne. Il voulait gagner les élections. Il croyait en l’utilisation des aides d’État pour créer des coopératives de producteurs.
Marx s’en moquait. Il pensait que le socialisme devait être international. Il croyait à la transformation révolutionnaire. Le SPD s’est finalement rangé du côté de Marx. Mais la querelle avec Lassalle et ses partisans a montré que la pensée socialiste de la fin du XIXe siècle était loin d’être monolithique. Il y avait d’autres courants. Des forts.
Quand la foi rencontre la finance
Le capitalisme a été condamné par tout le spectre idéologique. Mais les raisons variaient énormément. Certains socialistes étaient des militants athées. D’autres y voyaient une ligne directe vers le divin.
Saint-Simon, l’un des premiers rationalistes, ne souhaitait pas seulement un changement économique. Il a appelé à un « nouveau christianisme ». Il souhaitait fusionner les enseignements sociaux chrétiens avec la science et l’industrie modernes. Le but ? Une société qui répond aux besoins humains fondamentaux. Ses partisans ont essayé de construire cela. Ils créèrent une secte connue sous le nom de « religion des ingénieurs ». Il combinait la fraternité universelle avec la foi dans une gestion éclairée.
Cette même énergie a alimenté Looking Backward d’Edward Bellamy (1888). C’était un roman utopique américain. C’est devenu un best-seller. De l’autre côté de la Manche, en Angleterre, des ecclésiastiques anglicans comme Frederick Denison Maurice et Charles Kingsley ont lancé un mouvement socialiste chrétien à la fin des années 1840. Leur argument était simple. L’individualisme compétitif du capitalisme de laissez-faire se heurtait à l’esprit du christianisme.
Léon Tolstoï ressentait la même attirance. Le romancier russe, anarchiste et pacifiste a trouvé un terrain d’entente avec ces penseurs.
La religion n’a jamais dominé la théorie socialiste. Mais le lien persistait. Il a survécu jusqu’au XXe siècle.
Dans les années 1960, la théologie de la libération a émergé parmi les théologiens catholiques d’Amérique latine. Les critiques ont qualifié cela de tentative de marier Marx et Jésus. En Grande-Bretagne, le Mouvement socialiste chrétien s’est affilié au Parti travailliste. Ce n’était pas seulement de la théorie. Il avait du mordant politique. Le Premier ministre Gordon Brown appartenait à ce mouvement. Son père était un pasteur méthodiste. Tony Blair, un anglican converti plus tard au catholicisme, avait également des liens.
Le contre-coup anarchiste
Le pacifisme et la religion de Tolstoï n’ont pas convaincu Mikhaïl Bakounine. L’anarchiste russe était flamboyant. Il était également violent.
Bakounine considérait la religion, le capitalisme et l’État comme des chaînes. Il fallait les briser. C’est seulement alors que les gens pourront être libres. Il a écrit dans un premier essai, « La réaction en Allemagne » (1842) : « La passion de destruction est aussi une passion créatrice. »
Cette conviction l’a motivé. Il sautait d’un soulèvement à l’autre. Il a comploté complot après complot. Cela l’a également mis en conflit avec Marx. Ce combat a contribué à détruire l’Association internationale des travailleurs dans les années 1870.
Où se sont-ils mis d’accord ? Ils voulaient tous deux une communauté sans classes et sans État. Ils voulaient tous deux que les moyens de production soient sous contrôle communautaire.
Mais ils n’étaient pas d’accord sur le chemin à suivre. Marx insistait sur la « dictature du prolétariat » comme une étape nécessaire. Bakounine a rejeté cette proposition. Il soutenait qu’une dictature ouvrière deviendrait plus oppressive que l’État bourgeois. Au moins l’État bourgeois disposait d’une classe ouvrière organisée pour contrôler son pouvoir.
Bakounine ne voyait pas un tel frein dans un État prolétarien. Il n’a vu qu’un nouveau maître.

La science de la coopération de Kropotkine
Peter Kropotkine et Emma Goldman ont adouci les contours de l’anarcho-communisme, mais ils n’en ont pas enlevé les dents. Kropotkine, l’un des émigrés russes qui ont façonné le mouvement, ne s’est pas appuyé sur un pur idéalisme. Il s’est appuyé sur les données. Dans son livre de 1897 Mutual Aid, il a utilisé la théorie de l’évolution de Charles Darwin pour prouver un point contre-intuitif. Le darwinisme social dominant de l’époque affirmait que la concurrence était le seul moteur du succès. Kropotkine affirmait le contraire. Les groupes qui ont réellement survécu et prospéré sont ceux qui ont coopéré.
Emma Goldman, connue aux États-Unis sous le nom de « Red Emma », a adopté une approche différente. Elle se concentrait sur l’oppression personnelle et institutionnelle. Elle s’en est prise aux piliers de la société du début du XXe siècle : la religion, le capitalisme, l’État et le mariage. Dans son essai de 1910 « Mariage et amour », elle qualifie le mariage d’institution qui transforme les femmes en dépendantes absolues. Elle les traitait de parasites. L’activisme de Goldman n’était pas seulement théorique. Elle est allée en prison pour avoir prôné le contrôle des naissances. Son travail a mis en évidence la manière dont les structures économiques enfermaient les individus, en particulier les femmes, dans l’asservissement.
La stratégie fabienne du progressisme
Tandis que les anarcho-communistes exigeaient l’abolition totale de l’État, une autre branche du socialisme émergeait en Grande-Bretagne. C’était plus doux. C’était centraliste. C’était le socialisme fabien. Le nom vient du général romain Fabius Cunctator. Les membres de la Fabian Society admiraient sa tactique. Il évitait les batailles rangées. Il a épuisé les forces d’Hannibal par le retard et l’usure.
Les Fabiens appliquèrent cette logique à la politique. Ils préféraient le progressisme à la révolution. Leur version du socialisme impliquait un contrôle social de la propriété, mais administré par un État impartial et éclairé. Considérez-le comme un gouvernement dirigé par des experts. Les membres étaient pour la plupart des intellectuels de la classe moyenne. George Bernard Shaw. Sidney et Béatrice Webb. Le mari de Béatrice Webb. Graham Wallas. H.G. Wells. Ils pensaient que la persuasion et l’éducation l’emporteraient. La violente lutte des classes était une impasse.
Au départ, ils n’ont pas formé leur propre parti politique. Ils n’ont pas travaillé par l’intermédiaire des syndicats. Au lieu de cela, ils ont infiltré les partis existants. Ils visaient à exercer une influence au sein du Parti travailliste. Ils y ont acquis une influence considérable. Ils n’ont pas eu grand-chose à voir avec la formation du parti au début des années 1900, mais ils ont façonné son orientation ultérieure.
Le syndicalisme et le mythe de la grève générale
Le syndicalisme se situait à côté de l’anarcho-communisme sur le spectre décentraliste. Il s’inspire de Proudhon. Il est issu du mouvement syndical français de la fin du XIXe siècle. Syndicat est le mot français pour syndicat. Elle est devenue une force majeure en Italie et en Espagne au début du XXe siècle. Les régimes fascistes l’y ont écrasé. Aux États-Unis, il est apparu sous le nom d’Industrial Workers of the World. Les gens les appelaient « Wobblies ». Ils fondèrent le groupe en 1905.
Les principes fondamentaux étaient le contrôle ouvrier et l’action directe. Les syndicalistes comme Fernand Pelloutier se méfiaient de l’État. Ils le considéraient comme un agent capitaliste. Ils se méfiaient également des partis politiques. Ils pensaient que ces partis étaient incapables de réaliser un changement radical. Leur objectif était de remplacer le capitalisme et l’État par une fédération lâche de groupes de travailleurs locaux.
Comment y arriveraient-ils ? Par une action directe. Plus précisément, la grève générale. Un arrêt de travail massif qui arrêterait l’économie et ferait tomber le gouvernement. Georges Sorel développe ce sujet dans son livre de 1908 Réflexions sur la violence. Il ne considérait pas la grève générale comme un résultat historique inévitable. Il a qualifié cela de « mythe ». Un mythe qui pourrait inciter les gens à renverser le capitalisme si un nombre suffisant d’entre eux agissaient en conséquence.
Socialisme de guilde : un terrain d’entente
Le socialisme de corporation se situait entre le syndicalisme et le fabianisme. C’était l’anglais. Il a attiré un public modeste au cours des deux premières décennies du XXe siècle. Le mouvement revenait à la guilde médiévale. Il s’agissait d’associations d’artisans qui fixaient leurs propres conditions de travail.
Des théoriciens comme Samuel G. Hobson et G.D.H. Cole a plaidé pour la propriété publique des industries. Mais ils ont organisé ces industries en guildes. Chaque guilde serait contrôlée démocratiquement par son syndicat. Le rôle de l’État était ambigu. Certains socialistes des corporations voulaient que l’État coordonne les corporations. D’autres voulaient que son rôle se limite à la protection ou au maintien de l’ordre.
La principale différence avec les Fabiens ? Moins de pouvoir de l’État. Les socialistes de guilde étaient réticents à investir trop d’autorité dans le gouvernement. Ils préféraient l’autonomie des corporations. Il s’agissait d’une tactique réformiste, mais qui maintenait l’État à distance.
Le grand schisme du socialisme
Nous étions en 1889. Le monde célébrait le centenaire de la Révolution française. A Paris, deux conventions socialistes rivales fusionnèrent pour former la Deuxième Internationale. C’était censé être une renaissance de l’ancienne Association internationale des travailleurs. C’était censé être un projet d’unité.
Ce n’était pas le cas.
Le nouveau groupe était dominé par les marxistes. Plus précisément, il était dominé par le Parti social-démocrate allemand (SPD). Il ne s’agissait pas seulement d’une influence théorique. Le SPD était devenu une force politique légitime. Otto von Bismarck avait tenté de l’écraser. Il a tout essayé. Arrestations. Interdictions. Harcèlement.
Cela n’a pas fonctionné.
Wilhelm Liebknecht et August Bebel ont transformé le SPD en un parti de masse. Ils ont gagné des voix. Lors des élections parlementaires de 1890, ils obtinrent près d’un cinquième du total des électeurs. C’est important. C’est le pouvoir.
Mais la victoire a créé une crise. Si vous pouvez gagner les élections, avez-vous besoin d’une révolution ?
C’est le cœur du révisionnisme contre révolution.
La corde raide de Karl Kautsky
Le théoricien en chef du parti, Karl Kautsky, a essayé de jouer sur deux tableaux. C’est ce qu’on appelle souvent la position « orthodoxe ». Kautsky soutenait que le SPD pouvait participer à la politique parlementaire tout en adhérant à la doctrine révolutionnaire de Marx.
Il a tenté de concilier les urnes et la barricade.
C’était un argument fragile. Le succès de la politique électorale soulève une question dangereuse. Les circonstances ont-elles changé ? Le prolétariat avait-il vraiment besoin de renverser le capitalisme par la violence ?
Certains dirigeants pensaient que oui. Ils pensaient que Marx était dépassé.
La trahison d’Eduard Bernstein
Entre Eduard Bernstein.
C’était un dirigeant du SPD. Il s’enfuit en Angleterre pour échapper aux persécutions de Bismarck. Là-bas, il côtoie Friedrich Engels. Il a également rencontré les Fabiens. C’étaient des socialistes britanniques qui croyaient au changement progressif. Ils ne voulaient pas brûler le système. Ils voulaient le peaufiner.
Bernstein a observé la réalité sur le terrain. Il regarda les ouvriers.
Marx avait prédit que la situation du prolétariat deviendrait de plus en plus désespérée. C’était une loi du matérialisme historique. Les pauvres deviendraient encore plus pauvres jusqu’à ce qu’ils brisent la chaîne.
Bernstein a vu le contraire.
Les conditions de vie s’amélioraient. Les conditions de travail se stabilisaient. Pourquoi? Les syndicats gagnaient en force. La franchise s’étendait. Les travailleurs avaient une voix.
Bernstein a donc soutenu que le renversement révolutionnaire du capitalisme n’était ni nécessaire ni souhaitable. C’était trop dangereux. Cela a conduit à des dictatures vagues, potentiellement tyranniques.
Il publia Evolutionary Socialism en 1899. La thèse était simple. Une transformation pacifique est plus sûre. C’est plus réaliste.
La guerre des mots
La réaction a été immédiate. Hostile. Violent.
Kautsky et d’autres marxistes orthodoxes l’ont attaqué. C’était une guerre polémique. Des années.
Finalement, les révisionnistes ont gagné au sein du SPD. Le parti abandonna ses prétentions révolutionnaires. Ils ont arrêté de parler de renversement de l’État. Ils ont commencé à parler de la gestion.
Tout le monde n’était pas d’accord.
Rosa Luxemburg est restée un pilier du marxisme révolutionnaire. Elle n’a pas adhéré au discours graduel. Elle est restée fidèle au vieil esprit.
Le dilemme de Lénine
Tandis que l’Allemagne débattait de la théorie, la Russie se débattait avec la réalité.
V.I. Oulianov. Connu sous le nom de Lénine.
Il dirigeait la faction bolchevique, ou « majoritaire », du Parti ouvrier social-démocrate russe. Il avait déjà été accusé de s’écarter de la voie marxiste.
Pourquoi?
Regardez la Russie à la fin du XIXe siècle. C’était semi-féodal. Presque aucun capitalisme industriel.
Marx avait laissé une faille. Il a suggéré qu’un pays comme la Russie pourrait passer directement du féodalisme au socialisme. Évitez les intermédiaires.
Mais la position marxiste standard était rigide. Le capitalisme était une étape nécessaire. Vous en aviez besoin. Sans capitalisme, vous n’aviez pas la puissance productive nécessaire pour surmonter la nécessité. Vous n’aviez pas de prolétariat révolutionnaire.
Comment construire le socialisme sans la base industrielle que Marx considérait comme essentielle ?
Lenis regarda cet écart. Il savait que la réponse orthodoxe ne fonctionnait pas.

Lénine contre les réformistes
La vision marxiste standard en Russie était évolutionniste. Lénine l’a rejeté. Il ne faisait pas confiance à la classe ouvrière pour déclencher elle-même une révolution. Dans Que faire ? (1902), il affirmait que les travailleurs laissés seuls se contenteraient de victoires mineures. De meilleurs salaires. Des conditions plus sûres. C’était tout. Aucun changement systémique.
Ils avaient donc besoin de leadership. Un parti d’avant-garde de révolutionnaires professionnels devrait les éduquer et les guider. L’État russe était trop autoritaire pour s’organiser ouvertement. Le parti devait être complotiste. Discipliné. Élitiste.
Ses rivaux au sein du mouvement marxiste n’étaient pas d’accord. Ils pensaient qu’il construisait une structure autoritaire. La manipulation par Lénine d’un vote au congrès du parti a réglé le nom, sinon le débat. Il les appelait les mencheviks. La « minorité ». Il est devenu bolchevik. La majorité.
Cette rupture n’était pas seulement personnelle. C’était idéologique.
La logique de l’impérialisme
L’engagement de Lénine en faveur d’une révolution immédiate le mettait en porte-à-faux avec les révisionnistes. C’étaient des marxistes qui croyaient au changement progressif par des moyens démocratiques. Lénine y voyait une trahison de la théorie.
Dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), il explique pourquoi la classe ouvrière européenne ne se révolte pas. Il a soutenu qu’il s’agissait d’un pot-de-vin. Les capitalistes d’Europe et des États-Unis utilisaient les « superprofits » pour acheter la paix. D’où viennent ces bénéfices ? Exploitation du Sud global. Travail et ressources dans les régions les plus pauvres.
Les travailleurs des pays centraux bénéficiaient d’un niveau de vie plus élevé parce qu’ils bénéficiaient indirectement de l’extraction coloniale.
Mais cette dynamique contenait le germe de sa propre destruction. L’impérialisme exposerait partout les contradictions du capitalisme. Pas seulement dans les centres industriels. Mais dans les territoires colonisés aussi.
Cela a ouvert une nouvelle porte. Il n’était pas nécessaire que la révolution commence dans les pays capitalistes les plus avancés. Cela pourrait arriver en périphérie. Dans des pays qui n’avaient pas pleinement développé le capitalisme.
La logique de Lenis était simple. La chaîne se brise à son maillon le plus faible.

La Première Guerre mondiale n’a pas seulement redessiné les cartes. Cela a brisé la Deuxième Internationale.
Avant août 1914, le consensus parmi les socialistes européens était rigide. La seule guerre qui vaille la peine d’être menée était la guerre de classe contre la bourgeoisie. La solidarité internationale était la règle. Puis les armes ont tiré.
La plupart ont choisi leur drapeau national plutôt que l’internationalisme. Le Parti social-démocrate allemand (SPD) a voté en faveur des crédits de guerre au Reichstag. Ce fut une pause décisive. Les socialistes d’autres pays ont emboîté le pas, s’alignant sur leurs gouvernements. La Deuxième Internationale a perdu toute pertinence.
Des exceptions existaient. Rosa Luxemburg et Vladimir Lénine se distinguaient. Ils considéraient la guerre comme un butin impérialiste et non comme un devoir patriotique. Mais ils étaient minoritaires.
En Russie, les ravages de la guerre ont brisé le régime tsariste. Cela a créé un vide. Les bolcheviks ont agi rapidement. La Révolution russe de 1917 a donné à Lénine une immense réputation parmi les marxistes révolutionnaires. Cela a également déclenché un nouveau débat.
Luxemburg et d’autres ont observé la situation de près. Ils ont vu la « dictature du prolétariat » se transformer en dictature du Parti communiste panrusse. Le parti a pris le contrôle. Ce changement en a troublé beaucoup, mais la victoire a offert de l’espoir. Si la Russie réussissait, peut-être que d’autres nations suivraient.
Lénine avait une peur différente. La survie avait besoin d’aide. Plus précisément, l’aide des voisins socialistes. Il avait besoin d’alliés.
Le Komintern et la naissance de deux socialismes
Moscou a accueilli une réunion pour établir une Troisième Internationale. Ils l’appelèrent l’Internationale Communiste, ou Komintern.
La réponse fut tiède. Lorsque les délégués se réunirent en mars 1919, les perspectives étaient sombres. La révolte Spartacus en Allemagne avait échoué. Cela s’est terminé par l’exécution de Luxemburg et de Karl Liebknecht par les forces contre-révolutionnaires.
Malgré la défaite, Lénine a continué. Le Komintern est formé. Mais il est rapidement devenu clair de quoi il s’agissait réellement.
Le Komintern était un agent de l’Union soviétique, pas du socialisme international.
Une fissure s’est ouverte entre deux camps. Les communistes d’un côté. Les socialistes, ou les sociaux-démocrates, de l’autre.
La scission est devenue institutionnelle. Des partis communistes ont émergé partout en Europe. Ils ont défié les partis socialistes existants et le capitalisme lui-même.
Les idéologies divergent fortement.
Les communistes adhéraient au marxisme-léninisme. C’étaient des marxistes révolutionnaires. Ils croyaient au renversement du système.
Les socialistes étaient plus diversifiés. Parmi eux se trouvaient des révisionnistes et des non-marxistes. Mais ils partageaient un engagement en faveur de tactiques pacifiques et démocratiques. Ils rejetaient le caractère inévitable de l’effondrement du capitalisme. Au lieu de cela, ils ont fait appel à des considérations éthiques.
En Angleterre, Richard Henry Tawney a trouvé son public au sein du Parti travailliste. Il plaidait pour un socialisme basé sur la camaraderie. Il a souligné la dignité du travail. Il s’est concentré sur l’égalité de valeur de tous les membres de la société. Ce n’était pas un appel à une révolution violente. C’était un appel à une réforme morale.
L’ombre de Staline et la résistance culturelle
Du côté communiste, la norme a été fixée par Joseph Staline.
Lénine meurt en 1924. Une lutte pour le pouvoir s’ensuit. Staline a vaincu Léon Trotsky. Il a également ordonné la mort de Trotsky et d’autres rivaux. Des millions d’autres sont morts sous ses programmes forcés de collectivisation et d’industrialisation.
L’attention de Staline a changé. Il s’est concentré sur « le socialisme dans un seul pays ». Il a ignoré la révolution mondiale envisagée par Lénine.
Des écarts occasionnels se sont produits. Antonio Gramsci, l’un des fondateurs du Parti communiste italien, a résisté à la réduction de Marx à des termes purement économiques. Il s’est concentré sur l’hégémonie culturelle. Il a soutenu que les classes dirigeantes maintenaient leur contrôle à travers les écoles, les églises et les médias. Cela a encouragé l’acquiescement des travailleurs.
Gramsci a tenté de convaincre d’autres communistes du potentiel révolutionnaire de la transformation culturelle. Il a échoué. Il fut emprisonné par le régime fasciste de Mussolini de 1926 jusqu’à sa mort en 1937.
Le fascisme était un ennemi commun. Il a écrasé les communistes et les socialistes.
En Italie, en Espagne sous Franco et en Allemagne sous Hitler, la répression fut rapide. Les partis socialistes avaient gagné du terrain dans les années 1920 et 1930. En Allemagne, en Grande-Bretagne et en France, ils ont participé à des gouvernements de coalition. En Suède, le Parti social-démocrate des travailleurs a gagné en 1932. Il a promis un « foyer du peuple ». Leur programme reposait sur l’égalité, l’inquiétude, la coopération et la serviabilité.
Mais partout où les fascistes ont pris le pouvoir, les socialistes et les communistes ont été les premiers visés.
Les limites du socialisme mondial
Les victoires restent rares hors d’Europe entre les deux guerres.
Aux États-Unis, Eugene V. Debs s’est présenté à la présidence en 1920. Il a remporté près d’un million de voix. Cela représentait moins de quatre pour cent du casting total. Cela reste le point culminant des élections présidentielles pour les socialistes américains.
En Inde, le Mahatma Gandhi s’est bâti une énorme popularité. Mais son appel découlait de la campagne pour l’indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Des traces de socialisme existaient dans sa philosophie. Mais sa popularité n’était pas motivée par l’idéologie socialiste.
Le rêve d’un mouvement socialiste mondial unifié s’était fracturé. La guerre l’avait obligé à faire un choix. La plupart ont choisi la nation. Quelques-uns ont choisi la révolution. Et le monde s’est divisé en deux réalités politiques distinctes.

Mao Zedong a construit le Parti communiste chinois (PCC) sur des fondations qui ne ressemblaient en rien à la théorie marxiste traditionnelle. Il commença en 1921, mais les premières années furent un désastre. Le Komintern a poussé les jeunes communistes à s’allier avec les forces nationalistes de Chiang Kai-shek. Chiang s’en est pris à eux au moment où cela lui convenait.
Mao n’avait d’autre choix que de battre en retraite. Il a déplacé ses forces dans les champs et les collines pour reconstruire.
Ce n’était pas seulement une retraite tactique. C’était un changement idéologique. Mao a conservé l’idée du parti d’avant-garde de Lénine, mais a changé la source de l’énergie révolutionnaire. Au lieu de l’ouvrier industriel urbain, il s’est tourné vers la paysannerie. Il les qualifiait de « prolétariat rural ». C’était un changement de marque intelligent.
Aux mains de Mao, le concept de nation a largement remplacé celui de classe.
La Chine était présentée comme une nation pauvre et opprimée. L’ennemi n’était pas seulement les propriétaires locaux. C’était toute la structure des nations impérialistes et de leurs collaborateurs bourgeois. Ce communisme nationaliste a permis au PCC de mobiliser une base massive en dehors des villes.
La fracture du socialisme d’après-guerre
La Seconde Guerre mondiale a forcé les mariages temporaires de convenance. Communistes, socialistes, libéraux et conservateurs se sont tous opposés au fascisme. L’alliance ne dura que tant que les bombes tombèrent.
Une fois la guerre terminée, la colle fondit. L’Union soviétique a installé des régimes communistes dans toute l’Europe de l’Est. Pour de nombreux socialistes occidentaux, ce n’était pas une libération. Cela ressemblait à une expansion.
La guerre froide a transformé ce désaccord politique en un gouffre idéologique.
Les socialistes occidentaux ont commencé à se définir par ce qu’ils n’étaient pas. C’étaient des démocrates. Ils s’opposaient au régime de parti unique de l’Union soviétique et de ses satellites. La rupture a été nette et brutale.
Prenons le Parti travailliste britannique comme parfait exemple. Ils obtinrent une majorité écrasante aux élections de 1945. Ils ont construit le service national de santé. Ils ont placé les principales industries et services publics sous contrôle public. Ils étaient socialistes, mais pas communistes.
Lorsqu’ils ont perdu les élections de 1951, ils n’ont pas déclenché de révolution. Ils n’ont pas prétendu que le vote avait été volé. Ils ont transmis pacifiquement le pouvoir aux conservateurs.
Ce transfert pacifique du pouvoir a défini la voie socialiste démocratique. Cela contrastait fortement avec le modèle soviétique. La fissure entre ces deux branches de la gauche était désormais permanente.

La prétention communiste à la démocratie était une astuce sémantique. Ils plaidaient en faveur de la « démocratie populaire », mais la définition reposait sur un postulat simple : les masses n’étaient pas prêtes à se gouverner elles-mêmes. Une fois que Mao Zedong chassa les forces de Chiang Kai-shek du continent en 1949, la nouvelle République populaire de Chine devint une « dictature démocratique populaire ». C’était un État à parti unique qui prétendait agir dans l’intérêt du peuple en écrasant ses ennemis et en construisant le socialisme.
Liberté d’expression ? Compétition politique ? Ceux-là étaient qualifiés de bourgeois et de contre-révolutionnaires. Cette logique ne s’est pas arrêtée à Pékin. Il est devenu le modèle d’un régime de parti unique en Corée du Nord, au Vietnam, à Cuba et ailleurs. L’idée était que le parti d’avant-garde savait ce qu’il y avait de mieux et que le peuple devait attendre.
Le compromis européen : les économies sociales de marché
L’Europe a emprunté une voie différente. Les socialistes n’ont pas essayé de renverser le système ; ils l’ont modifié. Et c’est grâce à cela qu’ils ont gagné les élections.
Les Scandinaves ont mené la charge. Ils ont créé des « économies mixtes » – un terme qui semble bureaucratique mais qui décrit un compromis politique bien réel. La propriété privée est restée largement intacte. L’État dirigeait l’économie et mettait en place d’importants programmes de protection sociale. Ce n’était pas la fin du capitalisme. C’était une cage pour ça.
D’autres partis ont suivi. Regardez le Parti social-démocrate allemand (SPD). En 1959, ils adoptèrent le programme de Bad Godesberg. Ils ont complètement abandonné les prétentions marxistes. Le nouvel engagement ? Une « économie sociale de marché ». Leur mantra était simple : autant de compétition que possible, autant de planification que nécessaire.
Certains observateurs ont célébré ce flou. Ils ont appelé cela « la fin de l’idéologie ». La bataille entre le socialisme pur et le libéralisme pur était terminée. Un compromis avait été trouvé.
D’autres l’ont vu différemment. La gauche étudiante radicale des années 1960 n’a pas été impressionnée. Ils ont affirmé qu’il n’y avait plus vraiment de choix. Vous aviez le capitalisme. Vous aviez le « communisme obsolète » du bloc soviétique. Et il y avait le socialisme bureaucratique de l’Europe occidentale. Trois cases. Aucun d’entre eux n’est passionnant.
Socialisme africain et arabe : la modernisation par la tradition
Alors que l’Europe s’est installée sur une voie intermédiaire, l’effondrement du colonialisme européen en Afrique et au Moyen-Orient a créé un espace pour de nouvelles idéologies. Les anciennes puissances coloniales étaient considérées comme des impérialistes capitalistes. Ainsi, les nouveaux dirigeants ont opté pour le socialisme, mais ils l’ont adapté aux contextes locaux.
« Socialisme africain » et « socialisme arabe » sont devenus des termes courants dans les années 1950 et 1960. Ce n’étaient pas que des slogans. Il s’agissait de cadres politiques combinant le régime du parti unique marxiste-léniniste avec des appels aux traditions autochtones. La propriété foncière communale était fréquemment invoquée. L’objectif était une modernisation rapide.
La Tanzanie offre une étude de cas claire. Julius Nyerere a développé ujamaa, le swahili signifiant « famille ». Le programme était égalitaire. Il a collectivisé les terres agricoles des villages. Il visait l’autosuffisance économique. Cela a échoué. La tentative d’atteindre l’autonomie dans le cadre d’un État à parti unique s’est effondrée sous le poids de sa propre ambition. Mais la tentative elle-même comptait. Il a montré comment le socialisme pouvait être adapté à des contextes non européens.
L’exception de l’Asie : le Parti socialiste durable du Japon
L’expérience de l’Asie est très différente de celle de l’Afrique. Aucune forme distincte de socialisme local n’a émergé sur le continent. Mis à part les régimes communistes déjà établis en Chine et ailleurs, le Japon était seul.
C’était le seul pays asiatique où un parti socialiste s’était bâti une base de soutien importante et durable. Ils ne se sont pas contentés de protester. Ils gouvernaient. Parfois, ils contrôlaient carrément le gouvernement. Dans d’autres, ils ont participé à des coalitions gouvernementales.
Ce n’était pas une vague révolutionnaire. C’était une institutionnalisation politique. Le socialisme au Japon a fonctionné dans le cadre de la structure parlementaire existante. Il n’a pas cherché à détruire l’État. Il a cherché à le gérer.
Pourquoi cela a-t-il fonctionné au Japon mais pas ailleurs ? La réponse réside dans l’ordre d’après-guerre. Le Japon a été occupé, reconstruit et intégré à la sphère économique occidentale. Le parti socialiste devait s’adapter ou mourir. Ils ont choisi l’adaptation. Ils ont accepté le marché. Ils se sont concentrés sur les droits du travail et la protection sociale. Ils sont devenus une force politique dominante plutôt qu’une menace révolutionnaire.
Le reste de l’Asie considérait le socialisme soit comme un outil de résistance anticoloniale, soit comme une idéologie rigide et importée. Le Japon le considérait comme un partenaire en matière de gouvernance. Les résultats étaient très différents.
L’héritage de la fragmentation
À la fin

Les expériences socialistes uniques en Amérique latine
Soyons clairs : l’Amérique latine n’a pas exactement apporté une nouvelle saveur à la théorie socialiste. C’est un fait plat. Si l’on regarde l’histoire de la région, on ne constate pas d’exportation idéologique cohérente.
Le Cuba de Fidel Castro a suivi la ligne marxiste-léniniste dans les années 1950 et 1960. Puis ça a ralenti. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 a imposé une modération qui s’est maintenue. Ensuite, il y a la théologie de la libération. Il disait aux chrétiens de donner la priorité aux pauvres. Mais il n’est pas parvenu à élaborer un programme socialiste explicite. C’était une machinerie morale et non politique.
Hugo Chávez a essayé. Sa « Révolution bolivarienne » au Venezuela était ce qui se rapprochait le plus d’une expression latino-américaine distincte des impulsions socialistes. Mais le qualifier de distinct est généreux. En plus d’emprunter le nom de Simón Bolívar en tant que libérateur, Chávez n’a pas réellement relié le socialisme aux véritables pensées ou actes de Bolívar. C’était une question de marque, pas de philosophie.
Salvador Allende propose un meilleur modèle. Sa tentative d’unir les marxistes et les réformateurs au Chili est sans doute le modèle le plus représentatif du socialisme latino-américain de la fin du XXe siècle. Il n’essayait pas de copier Moscou. Il essayait de travailler dans un cadre démocratique.
Il a gagné par majorité dans une course à trois en 1970. C’est une victoire fragile pour commencer. Allende bougea vite. Il a nationalisé les sociétés étrangères de cuivre. Il a redistribué les terres. Il a poussé la richesse vers les pauvres. La réaction a été immédiate et violente. Opposition intérieure mêlée d’ingérence étrangère. Des troubles économiques ont suivi. Le résultat fut un coup d’État militaire. Allende est mort pendant cela. Les mécanismes exacts de sa mort restent obscurs : le suicide ou l’assassinat font toujours l’objet de débats. Mais le résultat fut la fin de son projet.
La vague post-Allende
Le sort d’Allende n’a pas tué l’idée. Il a juste changé de forme.
Plusieurs dirigeants ont suivi son guide. Ils n’ont pas utilisé de chars. Ils ont utilisé des bulletins de vote. Hugo Chávez a mené la charge en 1999. Il a été suivi par une vague de socialistes autoproclamés ou de vainqueurs du centre-gauche au Brésil, au Chili, en Argentine, en Uruguay et en Bolivie au début des années 2000.
Partageaient-ils un programme unifié ? Non, ce serait trop ordonné. Mais leurs politiques se chevauchaient considérablement.
- Augmentation des prestations sociales pour les pauvres.
- Nationalisation de certaines sociétés étrangères.
- Redistribution des terres des grands domaines aux paysans.
- Résistance ouverte aux politiques néolibérales de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
Ils étaient moins intéressés par la pureté théorique que par la correction des déséquilibres. L’objectif était toujours le même : des inégalités profondément ancrées.
La mort de l’économie dirigée
Le contexte plus large de tout cela était l’effondrement du communisme. C’est l’événement marquant de l’époque. D’abord l’Europe de l’Est en 1989. Puis l’Union soviétique en 1991.
Les partis communistes ont survécu. La Corée du Nord, le Vietnam, Cuba et la Chine ont maintenu leurs drapeaux flottants. Mais l’idéologie s’est évidée. À la fin du XXe siècle, le Parti communiste chinois (PCC) avait abandonné l’essentiel de son marxisme. Les réformes économiques ont favorisé la propriété privée. La concurrence sur le marché a été encouragée. Ce qui est resté, c’est l’insistance léniniste sur le régime du parti unique. Le moteur économique a changé. Le contrôle politique est resté.
Mikhaïl Gorbatchev a tenté de naviguer dans ce champ de mines. Il devient secrétaire général en 1985. Il introduit la glasnost (« ouverture ») et la perestroïka (« restructuration »). Son objectif n’était pas de construire un paradis capitaliste. Il voulait remédier à l’inefficacité de l’économie dirigée. Il souhaitait élever le niveau de vie sans pour autant se tourner pleinement vers les marchés.
La Glasnost était l’erreur. Ou plutôt la conséquence involontaire. L’ouverture a créé un espace politique pour les critiques du communisme. La chute des régimes d’Europe de l’Est a montré la voie. Cela ne s’est pas terminé tranquillement. Cela s’est terminé par un coup d’État manqué des communistes radicaux en 1991.
Le coup d’État a échoué si rapidement et de manière si spectaculaire que l’Union soviétique s’est tout simplement… désintégrée.
Le communisme n’était pas mort. Mais il était en train de mourir. Et tandis que l’ancien modèle s’effondrait, les nouvelles variantes latino-américaines disposaient d’une large marge de croissance. Ils n’ont pas hérité du modèle soviétique. Ils ont hérité du vide.
La question n’est plus une question de théorie. C’est une question de survie. Les dirigeants qui se sont levés sur le dos d’Allende et de Chávez ont été confrontés à un monde dans lequel l’alternative au néolibéralisme n’était pas une économie dirigée par l’État. C’était quelque chose de plus compliqué. Quelque chose de démocratique. Quelque chose qui devait encore répondre au marché.

La troisième voie et la montée du socialisme de marché
La fin du XXe siècle a marqué un changement qui a ébranlé les fondements de la théorie politique traditionnelle. Nous sommes entrés dans ce que les spécialistes appellent une économie postindustrielle. Dans ce nouveau paysage, la connaissance et l’information comptaient bien plus que le travail manuel ou la production de matières premières. Pour le socialisme, conçu comme une réponse directe au capitalisme industriel, ce changement soulevait des questions inconfortables. Si l’ancien modèle industriel s’estompait, l’ancien modèle socialiste était-il toujours pertinent ?
De nombreux penseurs ont conclu que ce n’était pas le cas. Cette prise de conscience a déclenché un débat intense sur une « troisième voie ». L’idée était simple sur le papier. Il proposait une position de centre-gauche. Il voulait maintenir l’accent socialiste sur l’égalité et le bien-être. Mais il voulait abandonner le lourd fardeau de la politique de classe et de la propriété publique des moyens de production.
Le parti travailliste britannique de Tony Blair a concrétisé cette idée en 1995. Ils ont abandonné leur engagement historique de nationaliser les industries de base. Le pari a été gagnant. Deux ans plus tard, les travaillistes remportaient une victoire écrasante. Blair a été Premier ministre pendant une décennie. Il n’était pas seul dans ce pivot.
D’autres dirigeants ont adopté une position similaire. Aux États-Unis, Bill Clinton a défendu cette approche centriste. En Allemagne, le chancelier Gerhard Schröder a emboîté le pas. Wim Kok, le Premier ministre des Pays-Bas, a également professé la troisième voie. Le message était cohérent : s’adapter ou devenir hors de propos.
Pourquoi les critiques poussent au socialisme de marché
Tout le monde n’était pas convaincu. Les critiques de gauche ont soutenu que la troisième voie trahissait le socialisme. Ils prétendaient que cela réduisait l’égalité à une simple chance de concourir. Dans une économie où les riches sont devenus plus riches et les pauvres ont pris davantage de retard, était-ce vraiment de l’égalité ? Ils ont insisté sur le fait que ce n’était pas socialiste. C’était juste du capitalisme avec un sourire poli.
Mais voici le tournant. Même ces critiques les plus sévères ont rarement appelé à un retour au socialisme centraliste. Ils ne voulaient pas d’un retour aux économies dirigées de type soviétique. Au lieu de cela, ils préconisaient une forme décentralisée de socialisme de marché.
Le socialisme de marché est une bête intéressante. Il allie les mécanismes du libre marché à la propriété sociale. La proposition varie, mais la structure de base est distincte. Les entreprises se disputent toujours les profits, tout comme dans le capitalisme. Cependant, ils appartiennent ou sont gérés par les personnes qui y travaillent.
Imaginez un lieu de travail où les employés choisissent leurs superviseurs. Où ils contrôlent leurs propres conditions de travail. Où ils fixent les prix de leurs produits. Où ils décident comment partager les bénéfices ou absorber les pertes. C’est la démocratie sur le lieu de travail. Il étend le droit de vote politique à la sphère économique. Vous avez votre mot à dire dans les décisions quotidiennes qui façonnent votre gagne-pain.
Un avenir modeste pour le socialisme ?
Si le socialisme a un avenir, il ressemblera probablement à ceci. Le socialisme de marché ne promet pas l’utopie des premiers socialistes. Il n’offre pas le « meilleur des mondes » que Marx et ses disciples envisageaient comme la dernière étape de l’histoire. C’est modeste. C’est réaliste.
Son objectif est de promouvoir la coopération et la solidarité. Il tente de remplacer l’individualisme compétitif par la responsabilité collective. Son objectif est de réduire, voire d’éliminer, les divisions de classes qui conduisent à l’exploitation et à l’aliénation. De cette manière, il maintient vivant l’esprit d’inspiration socialiste.
Ce n’est pas seulement de la théorie. En Amérique latine et dans d’autres régions, les socialistes réclament toujours la propriété publique des ressources naturelles et des principales industries. Mais ils laissent place à la concurrence privée. Ils ne cherchent pas à anéantir le libre marché. Ils veulent le maîtriser.
Le changement est clair. Les socialistes semblent désormais plus intéressés à réguler le marché qu’à l’abolir. C’est un pivot pragmatique. Celui qui reconnaît le pouvoir de l’information et du capital dans un monde postindustriel.
Contexte historique et lectures complémentaires
Pour comprendre où nous en sommes, il faut regarder d’où nous venons. L’histoire intellectuelle du socialisme est vaste.
- Bernard Crick, Socialism (1987) offre un aperçu bref, quoique inégal, mais perspicace.
- Pour quelque chose de plus approfondi, consultez R.N. Berki, Socialism (1975), ou George Lichtheim, A Short History of Socialism (1970, réédité en 1983).
- Si vous voulez retracer les racines, Alexander Gray, The Socialist Tradition : Moses to Lenin (1946, réédité en 1968) est excellent pour les précurseurs de la pensée moderne.
- G.D.H. Cole fournit le travail académique standard avec A History of Socialist Thought (5 vol. en 7, 1953-1960, réédité en 2002), couvrant la fin du XVIIIe jusqu’au milieu du XXe siècle.
- Warren Lerner, A History of Socialism and Communism in Modern Times (2e éd., 1993) raconte l’effondrement de l’Union soviétique.
- Pour une entrée rapide dans le 21e siècle, Michael Newman, Socialism : A Very Short Introduction (2005) est très concis.
- Les sources primaires sont bien rassemblées dans Albert Fried et Ronald Sanders (éd.), Socialist Thought: A Documentary History (éd. rév., 1992).
Le chemin qui mène des rêves utopiques aux réalités africaines est largement parcouru par les chercheurs. Vous commencez par les classiques. Les ouvrages Les Prophètes de Paris (1962) de Frank E. Manuel et Les idées politiques des socialistes utopiques (1982) de Keith Taylor posent les bases. Ils définissent les premières visions. Ensuite, vous avez frappé Karl Marx. Le Portable Karl Marx d’Eugène Kamenka (1983) rassemble les écrits essentiels. C’est un point d’entrée solide.
Pour une analyse plus approfondie, regardez Leszek Kołakowski. Ses Principaux courants du marxisme (3 volumes, 1978) restent la référence pour comprendre les variétés marxistes. Terence Ball et James Farr ont édité After Marx (1984) pour des évaluations théoriques sophistiquées. Mais qu’en est-il des dissidents ? Peter Gay a écrit Le dilemme du socialisme démocratique (1952). Il couvre le défi révisionniste lancé par Eduard Bernstein à l’orthodoxe Marx.
“La transformation de la théorie de Marx en communisme soviétique n’était pas une fatalité. Il s’agissait d’un changement historique spécifique.”
Vous avez besoin d’un contexte sur l’Internationale elle-même. L’Histoire de l’Internationale de Julius Braunthal (3 vol., 1967-1980) constitue une référence. Pour un récit plus large, To the Finland Station d’Edmund Wilson (1940) et Three Who Made a Revolution de Bertram D. Wolfe (1948) sont toujours accessibles et font autorité. Ils retracent comment la théorie est devenue le pouvoir de l’État.
Anarchisme et mouvements socialistes mondiaux
Anarchism: A History of Libertarian Ideas and Movements de George Woodcock (1962) mélange biographie et données d’enquête. Il couvre les mouvements anarchistes dans plusieurs pays. Ce n’est pas seulement de la théorie. C’est de l’action.
Ensuite, il y a le contexte non européen. Le socialisme africain a sa propre lignée. William Friedland et Carl G. Rosberg Jr. ont édité African Socialism (1964). Il rassemble des analyses scientifiques ainsi que des déclarations classiques de dirigeants africains. Sami A. Hanna et George H. Gardner ont édité Arab Socialism: A Documentary Survey (1969). Il s’agit d’une collection de sources primaires utile.
Quelle est la place de l’Amérique latine ? Richard L. Harris a écrit Marxisme, socialisme et démocratie en Amérique latine (1992). Il discute du mélange unique d’idéologie et de réalité politique de la région. L’accent ici n’est pas seulement mis sur l’idéologie. Il s’agit de la façon dont ces idées ont fonctionné dans différents environnements géopolitiques.
Socialisme de marché et paysage post-communiste
La chute du communisme n’a pas tué le socialisme. Cela l’a remodelé. L’ouvrage Socialism: Past and Future de Michael Harrington (1989) plaide en faveur de sa pertinence continue. La question est devenue : comment peut-elle survivre sans autoritarisme ?
Des chercheurs comme Robert A. Dahl et Carol C. Gould ont cherché à lier le socialisme à la démocratie. A Preface to Economic Democracy de Dahl (1985) et Rethinking Democracy de Gould (1988) sont des textes clés. Ils prônent le socialisme de marché. Il ne s’agit pas ici d’une pure planification centrale. Cela implique des mécanismes de marché dans un cadre socialiste.
L’ouvrage Market, State, and Community de David Miller (1989) suit cette ligne. Alec Nove a revisité L’économie d’un socialisme réalisable (2e éd., 1991). John E. Roemer a proposé Un avenir pour le socialisme (1994). Ces auteurs explorent la faisabilité économique. Ils demandent ce qui fonctionne dans la pratique.
Le socialisme de marché est-il réellement réalisable ? Le Socialism After Communism de Christopher Pierson (1995) ne le pense pas. Il conclut que les arguments contre le socialisme de marché sont plus forts que ceux en sa faveur. Le débat reste entier.
GÉORGIE. Si vous êtes égalitaire, comment se fait-il que vous soyez si riche ? de Cohen (2000) ajoute une dimension personnelle. Il mêle autobiographie et analyse de l’éthique marxiste. Cela remet en question la cohérence morale des égalitaristes. Le travail vous oblige à examiner les compromis entre principe et gain personnel.
Le domaine continue d’évoluer. Les anciennes logiques binaires plan/marché sont insuffisantes. Les travaux les plus récents se concentrent sur la coopération, la liberté et la structure économique. Ils n’offrent pas de réponses faciles. Ils offrent des cadres de réflexion sur le pouvoir et la répartition dans un monde postcommuniste.



















